Du lin, du lait : concilier environnement et santé.

NOTE : Ce texte reprend des recherches amorcées en 2013 lorsque je travaillais avec ÉcoRessources Inc qui m’a aimablement autorisé à les partager ici.

Les bovins émettent du méthane à travers le processus biologique de fermentation entérique. En 2009, ces émissions représentaient au Québec 2 480 ktCO2eq. (2009). L’amélioration de la productivité des animaux, la modification de l’alimentation et de certaines pratiques de régie du troupeau peuvent conduire à la réduction des émissions de méthane issues de la fermentation entérique. En reprenant le livre blanc du projet Cow of the Future mené par l’Innovation Center for US Dairy, une réduction de 25% des émissions de méthane par la fermentation entérique chez les vaches laitières est possible d’ici 2020. Selon les travaux scientifiques rassemblés dans ce document, environ 10 à 12% des réductions proviendraient des programmes actuels d’amélioration génétique ou de l’utilisation de technologies existantes. Le programme américain repose sur l’exploration de 5 voies de réduction : i) utilisation de composé réduisant la production de méthane dans le rumen, ii) amélioration de l’efficacité alimentaire à travers la qualité et la composition de la ration, iii) introduction de nouveaux critères d’amélioration génétique, iv) pratiques de régie améliorant le productivité individuelle des vaches, et v) pratiques de régie de troupeau réduisant le nombre d’animaux-jours improductifs.

Dans le même temps, la France a reconnu, et fait reconnaître par la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), un protocole de réduction des émissions de méthane d’origine digestive par l’apport dans l’alimentation des vaches laitières de sources naturelles en Acide Alpha Linolénique (ALA). Ce protocole a été vérifié pour la première fois en 2013. Les travaux sous-jacents à ce protocole ont aussi fait l’objet d’un brevet déposé aux États-Unis. Ce protocole est administré par l’Association Bleu-Blanc-Cœur.

Par ailleurs, l’utilisation de sources naturelles en acide alpha linolénique modifie le profil des acides gras du lait en particulier en augmentant la proportion d’acide gras insaturés tels que les omégas 3, améliorant ainsi la qualité nutritionnelle du lait. Il est intéressant de noter ici qu’historiquement l’Association Bleu-Blanc-Cœur fut créée pour développer et promouvoir des filières de produits alimentaires riches en oméga 3.

Ce protocole fait aussi l’objet d’un projet de recherche à l’Université Laval (projet VacCO2, Département des sciences animales,Faculté des sciences de l’Agriculture et de l’Alimentation) qui vise à évaluer, dans le contexte québécois,l’utilisation de la graine de lin extrudée dans l’alimentation de la vache laitière (l’incorporation de graines de lins extrudées est une des sources en acide alpha linolénique considérées par le protocole). Le projet Vacco2, est le pendant québécois du projet Cow2réalisé par Danone ailleurs dans le monde (France, Allemagne, Belgique, Brésil, Espagne, Hongrie, Slovaquie, République tchèque et États-Unis).

A la lumière de ce qui précède, il y aurait une belle opportunité de créer, au Québec, une filière de réduction des émissions de méthane par les vaches laitières grâce à la modification de leur ration alimentaire, en particulier par l’introduction de graines de lins extrudées. En plus de contribuer à la réduction des émissions de méthane au niveau des fermes laitières, cette filière pourrait aussi appuyer le développement de la culture du lin oléagineux au Québec. Ainsi, si nous considérons le cas de l‘introduction de graines de lins extrudées (0.7 kg/vache/jour), la quantité de lin utilisée dans le cadre du programme serait de 12,000 à 77,000 tonnes, selon le nombre de vaches concernées.

Sur la base des informations disponibles pour le programme de l’Association Bleu-Blanc-Cœur, nous estimons les réductions de méthane par l’application d’une ration alimentaire conforme au protocole à 0.3 tCO2eq/vache/an.

Notons ici que, si la culture du lin se développe au Québec dans le cadre de cette filière, cela pourrait aussi contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre car la culture du lin est peu exigeante en intrants, notamment azotés. Tout dépend alors des substitutions opérées dans les rotations culturales. Si l’on compare les empreintes carbone du lin avec celles du canola et du blé dans le contexte des Prairies canadiennes, on constate une empreinte moindre pour le lin de l’ordre de 0.5 tCO2 eq/ha/an.

Nombre de vaches laitières concernées Graines de lin extrudées consommées Estimation des surfaces à cultiver en lin Réduction des émissions de méthane
50,000 vaches 12,800 tonnes 6,000 ha 18,000 tCO2eq/an
100,000 vaches 25,600 tonnes 12,000 ha 36,000 tCO2eq/an
150,000 vaches 38,400 tonnes 18,000 ha 54,000 tCO2eq/an
200,000 vaches 51,200 tonnes 24,000 ha 72,000 tCO2eq/an
300,000 vaches 76,800 tonnes 36,000 ha 108,000 tCO2eq/an

En outre, comme souligné précédemment, les modifications de la ration alimentaire couvertes par ce protocole peuvent induire une amélioration du profil nutritionnel du lait produit. Cette amélioration pourrait servir de base à une valorisation supplémentaire du lait.

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