Questions about lower oil prices and farmland prices in Alberta. Should we be concerned ?

One of the recent issues of The Economist contains a very interesting special report on energy and technology that shows how advances in the fields of renewable energy production, of storage, distribution and marketing of such energy may challenge the place of oil in the global energy mix. Henceforth, it is not unlikely that oil prices may never come back to the level they were over the last decade while they will probably rebound a bit from their current level. Consequently, the changes in Alberta’s economy and socio-economic environment may not be benign and may last. This may lead to a drop in farmland prices, especially in Alberta and this for several reasons. The first reason is lower crop prices. The new energy environment will, in all likelihood, challenge the relevance of the production of bio-ethanol from corn in the US, or biodiesel in Europe. This could shift a bit the supply-and-demand equation of the corn and oilseed markets in favor of demand, resulting in a downward pressure on prices of crops. Even though lower oil prices would reduce the cost of some farming inputs, this may be insufficient to maintain operating margins at the level they were a few years back as they were driving the boom in farmland prices along with rock-bottom interest rates. The second set of reasons lies in the socio-demographic structure of farms in Alberta that I will summarize with a few key figures obtained from Statistics Canada :

  • About 60% of farms in Alberta have farming gross revenues of less than $100,000. In these farms, the average annual net farm operating income per operator is around $1,700 while their average annual off-farm income is above $55,000.
  • The average net farm income of the farms with less than $100,000 of gross revenues has decreased in nominal terms between 2001 and 2011.
  • 30% of all farms in Alberta are either qualifying as lifestyle farms or as pension farms.
  • 50% of farmers are 55 or older. The farms with only one operator who is older than 55 represent 32% of all farms. These latter farms are very exposed to dismantlement.

Hence I have some concern in the light of recent work I have done in Quebec. Indeed, in Quebec like in Alberta, the family income of farms with less than $100,000 of gross revenues come entirely from off-farm sources and a significant share of these farms are either lifestyle farms, or pension farms. These farms do not contribute much to the economy. Yet, in Quebec, they own almost 25% of farmland and this is why I have some concern about a drop in farmland prices in Alberta even though interest rates are still set to stay low for a little while. Questions remain for which I do not have answers as of now – and I would gladly look into them for any organization interested in finding out – as they are key to assess the risk of a drop in farmland prices because of lower oil prices :

  • To what extent the economy of the different categories of farms in Alberta is sensitive to the health of the oil industry ?
  • What is the relative importance of the categories of farms sensitive to lower oil prices ?
  • What is the share of farmland owned by these farms ?
  • What is the likelihood that exiting farming is the best course of action for them ?

Le rapport de l’IREC ”L’endettement des fermes au Québec : un portrait contrasté” aborde-t-il vraiment le sujet ?

Mes commentaires se limiteront aux aspects méthodologiques du rapport tout juste publié par l’IREC et intitulé L’endettement des fermes au Québec : un portrait contrasté.

Le rapport a pour objet l’endettement des fermes québécoises mais se restreint finalement à l’analyse d’un seul ratio d’endettement, le taux d’endettement. L’interprétation du taux d’endettement par un banquier se fait selon deux dimensions : i) existe-t-il une réserve d’actifs pouvant être liquidés pour réduire la dette et ainsi éviter un défaut? ii) quel est le risque de pertes en cas de liquidation de l’entreprise ? Dans les deux cas, on suppose que seule l’entreprise analysée est concernée et qu’il existe des acheteurs sur le marché secondaire des actifs. Aussi, si nous nous plaçons dans le cadre d’une analyse agrégée, même s’il s’agit de valeur moyenne, le taux d’endettement n’est pas approprié. En effet, celui-ci dit alors seulement que si nous liquidons un certain pourcentage des actifs à leur valeur marchande, nous pouvons rembourser l’intégralité de la dette courante. Mais à qui seraient vendus ces actifs ? Et surtout, à quelle valeur ?

De là, découle deux autres commentaires.

Le premier porte sur la valeur des actifs agricoles. En effet, il apparaît que celle-ci est bien plus au cœur du rapport que l’endettement puisque les trois ratios analysés se rapportent à celle-ci. Aussi, aurions-nous été en droit d’attendre une discussion plus approfondie de cette valeur, notamment en ce qui concerne les terres agricoles et les quotas où les références de prix découlent de marchés où il y a peu de transactions et où la quasi-totalité des transactions sont réalisées à la marge. Ces valeurs sont-elles adaptées à l’analyse entreprise qui se situe ici, je le rappelle, à un niveau agrégé (ferme moyenne Statistiques Canada) ? Toujours en lien avec la valeur des actifs, j’avoue que l’analyse que font les auteurs du Graphique 2 [page 14] me laisse perplexe. Selon eux, la hausse de la valeur des actifs démontre que l’agriculture québécoise continue de se développer. Or, quand on s’intéresse à l’évolution de la production physique agricole agrégée, on constate une très faible croissance, voire une stagnation au cours des cinq dernières années. De plus, la hausse de la valeur des actifs est bien plus rapide que celle des prix agricoles, ou que celle des revenus nets agricoles.

Le second commentaire porte sur l’absence d’analyse du rapport entre le niveau d’endettement et la capacité des fermes à répondre aux obligations financières en découlant. Là encore, je suis surpris par certains propos des auteurs (p17) : ‘’À ce titre, plusieurs observateurs et intervenants consultés lors de notre recherche nous ont confirmé que ces ratios étaient utilisés dans les institutions financières pour établir le niveau de solvabilité et de stress financier des entrepreneurs agricoles. Ces ratios sont le taux d’endettement, la productivité du capital et la rentabilité économique simplifiée’’. Au cours de la décennie où j’ai travaillé dans le financement agricole au sein de différentes banques canadiennes, je n’ai jamais utilisé la productivité du capital ni la rentabilité économique simplifiée dans mes analyses de risque de crédit. Ces ratios ne font partie d’aucun des modèles de risque de crédit pour l’agriculture que j’ai eu à utiliser. Le ratio financier le plus déterminant n’est pas le taux d’endettement (le ratio de levier privilégié est en fait Dette sur Valeur Nette Tangible), mais bien plutôt le ratio de couverture du service de la dette, ou encore le ratio de Dette portant intérêt sur Bénéfice avant impôt, intérêts, dépréciation et amortissement (BAIIDA). A ce titre, l’analyse du ratio Dette portant intérêt sur BAIIDA serait un complément nécessaire à l’analyse du taux d’endettement.

Par ailleurs, la productivité du capital aurait dû être calculée en prenant non pas les ventes mais le revenu net agricole ou le revenu d’opérations car la finalité des fermes n’est pas de faire des ventes mais des profits, du moins me semble-t-il.

Lorsque les auteurs analysent les ventes et les revenus nets agricoles, ils ne développent aucune discussion sur la contribution respective du niveau des prix agricoles et de l’accroissement de la productivité et de la production à ces revenus. Or cette discussion est fondamentale car c’est elle qui permet d’évaluer la résilience des revenus face aux fluctuations du marché et c’est elle qui permettrait de vraiment interpréter les ratios faisant appel aux revenus nets agricoles et d’évaluer les risques face à l’endettement.

Un autre manque du rapport est l’absence d’analyse de l’influence de la taille des entreprises agricoles sur le niveau d’endettement. Or, en utilisant la même source que les auteurs (Enquête financière sur les fermes de Statistiques Canada), on constate un seuil à $100,000 de ventes en deçà duquel le taux moyen d’endettement est nettement plus faible que la moyenne. Cela rejoint mes observations alors que je travaillais dans le financement agricole, à savoir que de nombreuse fermes peu endettées sont en fait des fermes en désinvestissement, au sens où l’absence de relève conduit l’exploitant à maximiser les rentes (maintien de la production dans un régime de soutien public généreux) et la valeur nette de liquidation de son exploitation, et ce en minimisant les investissements productifs pour minimiser la dette. Dans le même temps, on constate aussi que l’efficacité économique (BAIIDA/Ventes) des activités agricoles des fermes de moins de $100,000 est faible. De manière générale, en utilisant la ferme moyenne de Statistiques Canada ,et en se plaçant ainsi à un niveau agrégé, les auteurs évitent d’aborder des questions très importantes : existe-t-il des groupes de fermes très endettées, voire surendettées ? Quelles en sont les caractéristiques ? Les trajectoires d’investissement et de capitalisation ?

Absente aussi de ce rapport est une analyse de type prospective. En effet, il ne faut pas oublier que nous sommes dans un contexte historiquement particulier couplant une période prolongée de prix agricoles élevés et de taux d’intérêt extrêmement bas. Aussi, faudrait-il se poser la question de l’impact d’une hausse des taux d’intérêt et/ou d’une baisse des prix agricoles sur la capacité de servir la dette, notamment quand on se souvient que la marge d’opération moyenne des fermes québécoises stagnent depuis de nombreuses années et que la production agricoles agrégée n’a cru que très faiblement au cours des dix dernières années. A titre d’exemple, dans le cas de la ferme moyenne québécoise utilisée par les auteurs, une hausse de 1% du taux d’intérêt moyen, entraînerait une baisse de 6% du revenu net agricole 2011. Si cette hausse du taux d’intérêt est couplée à une baisse de 3% des revenus bruts (ventes + programmes gouvernementaux), le revenu net agricole baisserait de 22%.

En outre, le niveau d’endettement actuel devrait aussi être analysé par rapport aux investissements futurs requis pour i) transférer les actifs agricoles et ainsi maintenir la base de production agricole du Québec, et ii) maintenir voire améliorer la compétitivité des entreprises agricoles québécoises. C’est en se plaçant à ce niveau d’analyse que l’on pourra déterminer si le niveau d’endettement des fermes québécoises est excessif, c’est-à-dire s’il compromet leur capacité future à investir.

Pour conclure, je m’écarterai des questions méthodologiques pour poser une question à la suite de la conclusion des auteurs du rapport : les difficultés actuelles de transfert d’entreprises agricoles ne résultent-elles pas, en fait, de l’éternel conflit entre détenteur des capitaux et entrepreneurs, longtemps étouffé dans l’agriculture québécoise par le fait que propriétaires et exploitants étaient essentiellement confondus ? Nous devrions donc aussi nous interroger sur la manière dont les divers programmes issus des politiques agricoles successives pourraient favoriser in fine les détenteurs des actifs d’entrée dans l’agriculture (terres, quotas), au détriment des entrepreneurs qui les exploiteront… Et peut-être commencer à les repnser pour le monde d’aujourd’hui et de demain.